Fiches d'arrêts · Droit administratif · Juridiction administrative et recours

Arrêt Dame Lamotte

Conseil d'État, assemblée, 17 février 1950, n° 86949 · Publié au recueil Lebon
Texte officiel : Légifrance
Textes : Loi du 23 mai 1943, art. 4, al. 2 ; Loi du 19 février 1942, art. 29 ; Ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine
En bref

Conseil d'État, 17 février 1950 : le recours pour excès de pouvoir est ouvert même sans texte contre tout acte administratif ; une loi ne l'exclut pas implicitement.

Les faits

Sous le régime de Vichy, la loi du 27 août 1940 permettait aux préfets de concéder à des tiers les terres abandonnées ou incultes. Le préfet de l'Ain concède en 1941 à un exploitant un domaine situé à Montluel. Le Conseil d'État annule cette concession le 24 juillet 1942, le domaine n'étant pas abandonné, puis, par voie de conséquence, une deuxième concession le 9 avril 1943 ; le 29 décembre 1944, il annule pour détournement de pouvoir une réquisition du domaine destinée à retarder l'exécution de ses décisions. Par un quatrième arrêté du 10 août 1944, le préfet concède une fois de plus le domaine au même exploitant.

La procédure

La propriétaire conteste ce dernier arrêté devant le conseil de préfecture interdépartemental de Lyon, qui l'annule le 4 octobre 1946. Le ministre de l'Agriculture saisit le Conseil d'État : selon lui, la réclamation était irrecevable, car l'article 4 de la loi du 23 mai 1943 dispose que l'octroi de la concession ne peut faire l'objet d'aucun recours administratif ou judiciaire.

Le problème de droit

Une loi qui exclut « tout recours administratif ou judiciaire » contre un acte administratif fait-elle obstacle au recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État ?

La solution

Le Conseil d'État annule l'arrêté du conseil de préfecture, devant lequel la loi de 1943 avait bien supprimé le recours. Mais cette loi n'a pas exclu le recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État, recours ouvert même sans texte contre tout acte administratif, qui assure le respect de la légalité conformément aux principes généraux du droit. Statuant comme juge de l'excès de pouvoir, il annule l'arrêté préfectoral du 10 août 1944 : pris dans le seul but de faire délibérément échec à ses décisions, il est entaché de détournement de pouvoir.

« elle n'a pas exclu le recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'Etat contre l'acte de concession, recours qui est ouvert même sans texte contre tout acte administratif, et qui a pour effet d'assurer, conformément aux principes généraux du droit, le respect de la légalité »

Le texte officiel

Vu le recours et le mémoire ampliatif présentés pour le ministre de l'agriculture, enregistrés au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat les 28 octobre 1946 et 23 février 1948 et tendant à ce qu'il plaise au Conseil annuler un arrêté en date du 4 octobre 1946 par lequel le conseil de préfecture de Lyon a annulé un arrêté en date du 10 août 1944 par lequel le préfet de l'Ain avait concédé au sieur de Testa, en vertu de l'article 4 de la loi du 23 mai 1943, le domaine dit "du Sauberthier" sis commune de Montluel appartenant à la dame X... née Y...; [...]

Début du texte de la décision. Texte intégral : Légifrance, et dans la recherche Justice4U.

Portée, décisions liées et l'essentiel pour une copie

La suite de la fiche explique la portée de l'arrêt, présente les décisions qui l'ont appliqué, étendu, limité ou abandonné (chacune vérifiée sur son texte officiel), et résume ce qu'il faut en retenir pour une copie ou une consultation.

Elle est réservée aux abonnés Justice4U, avec la recherche dans 1,2 million de décisions et Maître Guacamole.

Autres fiches sur le même thème

Méthode : comment faire une fiche d'arrêt · comment faire un commentaire d'arrêt

Fiche Justice4U, mise à jour le 16 octobre 2026. Texte de la décision : open data des décisions de la juridiction administrative et du Tribunal des conflits (base JADE, DILA), réutilisé sous Licence Ouverte. Cette fiche est une aide à l'étude et à la recherche ; vérifiez toujours la décision sur sa source officielle avant de la citer.