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Arrêt Papon

Conseil d'État, 12 avril 2002, n° 238689 · Publié au recueil Lebon
Texte officiel : Légifrance
Textes : Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, art. 11 (aujourd'hui art. L. 134-1 et s. du code général de la fonction publique) ; Ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine, art. 3
En bref

CE, ass., 12 avr. 2002 : faute personnelle de Papon et faute de service de l'État se cumulent ; l'État supporte la moitié des condamnations civiles. Fiche d'arrêt.

Les faits

Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde de juin 1942 à août 1944, est condamné le 2 avril 1998 par la cour d'assises de la Gironde à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité, pour son concours actif à l'arrestation, à l'internement et à la déportation de personnes d'origine juive. Le 3 avril 1998, la cour d'assises le condamne à indemniser les parties civiles. Il demande au ministre de l'intérieur que l'État le garantisse de ces condamnations ; le ministre refuse.

La procédure

Il saisit le tribunal administratif de Paris d'une demande tendant à ce que l'État le garantisse de la somme de 4 720 000 F (719 559 euros). Le président du tribunal transmet la demande au Conseil d'État.

Le problème de droit

L'État doit-il prendre en charge tout ou partie des condamnations civiles d'un fonctionnaire dont la faute personnelle a été constatée par le juge pénal, lorsque des fautes de service ont aussi contribué au dommage ?

La solution

Le Conseil d'État distingue trois cas pour l'application de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 : dommage dû exclusivement à une faute de service (l'administration couvre intégralement l'agent) ; dommage dû exclusivement à une faute personnelle détachable (aucune prise en charge) ; dommage dû à une faute personnelle et à une faute de service (prise en charge à hauteur de la part de la faute de service). Il retient la faute personnelle de Papon, établie par le juge pénal, dont la décision a autorité de chose jugée sur ce point. Mais il relève aussi une faute de service : le camp de Mérignac, le service des questions juives de la préfecture, le fichier, l'ordre donné à la police de concourir aux arrestations ne résultaient pas d'une contrainte directe de l'occupant. L'ordonnance du 9 août 1944 ne crée pas un régime d'irresponsabilité de la puissance publique. L'État est condamné à prendre en charge la moitié des condamnations civiles.

« ces dispositions ne sauraient avoir pour effet de créer un régime d'irresponsabilité de la puissance publique à raison des faits ou agissements commis par l'administration française dans l'application de ces actes »

Le texte officiel

Considérant [...] que pour l'application de ces dispositions, il y a lieu - quel que soit par ailleurs le fondement sur lequel la responsabilité du fonctionnaire a été engagée vis-à-vis de la victime du dommage - de distinguer trois cas; que, dans le premier, où le dommage pour lequel l'agent a été condamné civilement trouve son origine exclusive dans une faute de service, l'administration est tenue de couvrir intégralement l'intéressé [...] ; Considérant que si l'article 3 de l'ordonnance du 9 août 1944 [...] constate expressément la nullité de tous les actes de l'autorité de fait se disant "gouvernement de l'Etat français" qui "établissent ou appliquent une discrimination quelconque fondée sur la qualité de juif", ces dispositions ne sauraient avoir pour effet de créer un régime d'irresponsabilité de la puissance publique [...]

Début du texte de la décision. Texte intégral : Légifrance, et dans la recherche Justice4U.

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Fiche Justice4U, mise à jour le 26 octobre 2026. Texte de la décision : open data des décisions de la juridiction administrative et du Tribunal des conflits (base JADE, DILA), réutilisé sous Licence Ouverte. Cette fiche est une aide à l'étude et à la recherche ; vérifiez toujours la décision sur sa source officielle avant de la citer.